Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous dire comment vous avez connu Intimagir Nouvelle-Aquitaine ?
Je m’appelle Alexandre Gomes. Je suis intervenant pair spécialisé sur les questions de vie intime, affective et sexuelle des personnes en situation de handicap.
Mon intervention s’appuie avant tout sur mes savoirs expérientiels, c’est-à-dire sur mon vécu de personne en situation de handicap moteur ayant été accompagnée par des établissements médico-sociaux. Cette expérience me permet d’apporter un regard complémentaire à celui des professionnels afin de faire évoluer les représentations, les mentalités et, à terme, les pratiques autour de la vie intime, affective et sexuelle.
Engagé depuis de nombreuses années sur ces questions, j’ai été invité à rejoindre Intimagir Nouvelle-Aquitaine dès la création du Centre Ressource.
Journée régionale Intimagir - 11 mars 2026
Intervention de Alexandre Gomes sur l’atelier: Les pratiques d’accompagnement, explorer les possibles, identifier les limites.
Selon votre expérience, quels sont les principaux défis, mais aussi les plus belles victoires des personnes en situation de handicap concernant la vie affective et sexuelle ?
On évoque souvent les nombreux obstacles auxquels les personnes en situation de handicap sont confrontées lorsqu’il est question de vie affective et sexuelle : les préjugés, les croyances limitantes, les peurs ou les réticences de l’entourage, des professionnels ou plus largement de la société. Ces difficultés sont bien réelles.
Cependant, selon mon expérience, le regard le plus difficile à dépasser est souvent celui que l’on porte sur soi-même. Les idées les plus limitantes ne sont pas toujours celles que les autres projettent sur nous, mais celles que nous finissons par intégrer et considérer comme des vérités. Le validisme ne s’exerce pas uniquement de l’extérieur ; il peut aussi être intériorisé.
Pendant longtemps, j’ai moi-même cru que je n’étais pas désirable ou qu’une vie intime et affective épanouie ne me serait pas accessible. Ces croyances m’ont freiné et enfermé dans des schémas dont il a fallu apprendre à sortir. À mes yeux, l’un des principaux défis consiste donc à déconstruire ces représentations et à se réapproprier pleinement son droit à l’amour, au désir et à l’intimité.
Les plus belles victoires sont précisément celles qui permettent de changer les regards, qu’il s’agisse d’une prise de conscience individuelle, d’un échange entre pairs, d’une évolution des pratiques professionnelles ou d’avancées portées avec les pouvoirs publics. Peu importe leur ampleur : chaque fois qu’une personne gagne en liberté, en confiance ou en pouvoir d’agir sur sa vie intime et affective, c’est une victoire qui mérite d’être célébrée.
La lutte contre les violences et le respect du consentement sont au cœur de nos engagements. Quel message ou quel conseil essentiel aimeriez-vous transmettre pour que chacun puisse se sentir en sécurité et respecté dans ses relations ?
S’il y avait un message essentiel à retenir, ce serait celui-ci : reconnaître sa propre valeur et celle des autres. Le respect du consentement commence par la reconnaissance que chaque personne a la même dignité, les mêmes droits et la même légitimité à exprimer ses envies, ses limites et ses refus.
Apprendre à se respecter soi-même, à faire respecter ses besoins et ses frontières, tout en respectant ceux des autres, constitue un socle indispensable pour construire des relations saines. Cela implique d’accepter qu’un consentement doit être libre, éclairé, réversible et enthousiaste, mais aussi que chacun a le droit de changer d’avis ou de dire non, à tout moment.
Bien sûr, cette vigilance ne protège malheureusement pas de toutes les formes de violence ou d’agression. La responsabilité d’une violence appartient toujours à son auteur. En revanche, développer l’estime de soi, la connaissance de ses droits et une culture du respect mutuel permet souvent de mieux identifier certaines situations problématiques, de repérer les comportements abusifs et de chercher de l’aide plus rapidement lorsque cela est nécessaire.
Quel est votre souhait, votre projet ou votre « mot de la fin » pour faire avancer la société vers une meileure inclusion et prise en compte de ces sujets ?
S’il y a un message que j’aimerais transmettre, c’est qu’il existe autant de façons de vivre son intimité, d’aimer, de désirer ou de construire des relations qu’il existe de personnes. Il n’y a pas une seule manière légitime d’être en couple, de vivre sa sexualité ou de s’épanouir affectivement.
Le handicap a cette particularité de venir questionner les normes et les cadres que la société considère parfois comme évidents. Pourtant, ce n’est pas parce qu’une personne s’en éloigne qu’elle doit être privée d’une vie intime, affective ou sexuelle riche, épanouissante et choisie.
Pour moi, la question de l’intime est avant tout une question de dignité humaine. Si nous voulons construire une société véritablement humaine et juste, nous devons garantir à chacun la possibilité de vivre son intimité comme il l’entend, dans le respect de ses choix, de ses besoins et de son consentement.
Mon souhait est que nous cessions de considérer ces sujets comme des questions à part ou comme des problématiques spécifiques au handicap. L’intimité, l’amour, le désir et les relations concernent tout le monde. Reconnaître pleinement ce droit aux personnes en situation de handicap, c’est tout simplement reconnaître leur pleine humanité.
C’est à cela que je m’emploie à travers mon engagement, et c’est également l’ambition portée par les Centres Ressources Intimagir.

Alexandre Gomes
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